A l’origine du projet de création du Bandja, se trouve une idée insufflée de manière extrêmement discrète par un homme dont l’humilité n’aura d’égale que le talent. Une grande âme, un poète conteur dans nos temps si troublés, vaillant défenseurs de notre liberté de penser, de notre liberté d’exister. Il s’agit de Pierre Akendengué qui était en résidence à Nantes. Pour lui souhaiter la bienvenue, une manifestation paramétrée pour cet illustre hôte a été organisée par Dia Alihanga pour le compte de Gabon Nantes 2. Ainsi, “Le Café de l’Oralité” s’est tenu le vendredi 27 Mars 2009 à L’IEA de Nantes (Institut des Etudes Avancées ). Il s’est agit d’un temps d’échange convivial entre plusieurs acteurs culturels, portant sur la thématique de l’oralité. Une lumière particulière a été mise sur le rôle de l’expression orale par l’entremise d’un commentaire de textes du poète lyrique Pierre Akendengué suivi de prestations spontanées des artistes présents: Naneth, Maat Seigneur Lion, Lord Ekomy Ndong.
Depuis bientôt quatre décennies, Pierre Akendengué fait partie des grands maîtres de la musique africaine contemporaine. Conteur et guerrier, sociologue et poète à la fois, Akendengué combine les genres.
La poésie de ses textes, ses métaphores subtiles, ses mélodies légères d’apparence faciles, font qu’Akendengué s’impose comme un artiste hors pair, de ceux qui éclairent les consciences au¬delà des frontières, sans qu’aucune rage, aucun mépris ne déforment, à aucun instant, la beauté que l’on espère en toute œuvre artistique. Il chante aussi la beauté de la nature, la liberté, l’amitié et son amour pour l’Afrique et son pays le Gabon.
Ce matin gris d’été est le cinquantième anniversaire de l’accession à l’indépendance du Gabon et de la majeure partie des colonies françaises d’Afrique.
Au 70 rue Coulmiers de Nantes on peut voir s’affairer des jeunes au teint foncé. Cette image n’est pas sans évoquer les travailleurs forcés arrachés à leur patrie pour les besoins du commerce négrier. Cette image qui hante encore la mémoire de cette ville d’histoire, est cependant nuancée par un fait crucial. Ces jeunes africains francophones, célèbrent l’accession de leur pays à l’indépendance.
Etrange ironie du sort qui veut qu’après un demi-siècle d’indépendance, les enfants des esclaves libérés reviennent marcher sur les traces de leurs aïeux mais cette fois-ci de manière volontaire.
Libreville, ville d’esclaves libérés partage avec Nantes l’histoire de l’esclavage. Le but de cette rencontre des âmes est de permettre un échange positif par le dialogue des cultures entre les descendants des protagonistes de cette sombre page de l’histoire de l’humanité.
Quoi qu’il en soit l’endroit se rempli graduellement de mains industrieuses, les masques volent dans l’air environnant, des pagnes tissés couvrent les tables, un crocodile empaillé reste posé à même le sol comme s’il allait se mettre à courir d’un bout à l’autre du grand hall s’apprêtant à accueillir la manifestation. Des ustensiles de cuisines disposés sur des tissages de raffias complètent la décoration. Il est déjà onze trente et de manifestation nous ne percevons qu’une sourde agitation.
Midi et demie, une fille grande au teint jaunie par la fatigue de la nuit précédente fait son entrée dans les lieux qu’elle semble reconnaitre. Elle est suivie par une série d’autres jeunes qui s’attèle à finaliser la décoration de la salle. Ils semblent être en retard mais vaille que vaille, tous y mettent du cœur à l’ouvrage. On est loin de l’atmosphère des musées, ou des galeries d’exposition des quartiers cossues des grandes villes européennes, cette atmosphère nous plonge plutôt dans un univers de magie, de traditions et de contes. Une atmosphère des peuples du Gabon.
Il est quatorze heures lorsque la journaliste arrive sur le site. La salle n’est toujours pas prête. Elle repassera. Une heure passe. Le hall d’exposition est fin prêt. Trente minutes plus tard, « Vient découvrir Africa » une chanson de Aziz’Inanga se glisse subtilement dans l’atmosphère finissant de lui conférer son caractère magique et sacré. Le Bandja semble être fin prêt à accueillir les visiteurs de l’exposition dont Diane Massounga Briand et Guy Bouba Biaba auront été les architectes.
C’est aux environ de seize heures que la salle se remplie.
Outre les masques et les toiles, bien des visiteurs sont attirés par le stand de Gabao Style tenu par Gabriel Alihanga. Dix sept heures voit apparaître les danseurs de la troupe Minanga Na Zambé. Ces bwitistes de France initiés aux codes et rites des peuples du Gabon, incarnent le dialogue des cultures auquel le Bandja a la prétention de contribuer.
Cette grande exposition de la culture des peuples du Gabon semble vouloir faire courir nos imaginaires de la période précoloniale à l’ère postcoloniale. Elle nous fait voyager à travers les sculptures en pierre de Mbigou, les marmites en fonte récurées et les pièces fossiles conservées. Cette exposition donnant pratiquement la chair de poule rappelle que pour notre peuple, l’art reste sacré, l’âme des objets rituels conservés continue de les habiter et ce faisant, nous investi d’une mission : celle de conserver notre culture. C’est de cette mission et du rôle de la jeunesse qu’il est question tout au long de l’échange entre Gloria Mika et l’assistance. Dix neuf heure est le moment de l’entrée en scène du groupe Movaiz Haleine, toujours à l’avant-garde du combat culturel gabonais.
Malaak Shabazz, la fille du leader noir américain Malcom X, a participé dimanche 08 mai 2011, à Nantes, à la 6e marche des esclaves. «Il est important qu’une telle marche se déroule à Nantes qui a tenu un rôle prépondérant dans la traite négrière» a-t-elle déclaré.
« Il est important de prendre part à cette marche, c’est notre devoir, pour nous-mêmes et encore plus pour nos ancêtres a qui nous payons ainsi le tribut de l’honneur et du respect.», explique Dowoti Desir, présidente de l’observatoire des mémoriaux de l’esclavage et de la mise en œuvre de la Déclaration du plan d’action de Durban, car « les mémoriaux sont aussi faits de chair et de sang ».
Cependant, comme l’ont fait remarqué plusieurs journaux locaux et nationaux cette initiative du collectif n’était pas du goût de tout le monde. Des tensions sont ainsi apparues entre les associations organisatrices membres du Collectif du 10 Mai et la mairie de Nantes. Pour cette raison, Nous présentons la majeure partie de la conférence de presse qui s’est tenue au Bandja le 05 mai 2011.
Dans un premier temps, les invités ont été présentés au public présent à la conférence de presse par Dia Alihanga et Peter Lema, référent principal du Collectif du 10 Mai initiateur de la marche des esclaves, évènement pour lequel Malaak Shabazz, fille de Malcolm X était reçu en ce jour à Nantes. Cette manifestation devait ultérieurement être l’occasion de l’organisation du cogrès de Nantes, au cours duquel décision fût prise de réclamer l’abrogation des bulles papales éditées par le vatican et ayant rendu licite le commerce négrier par une déshumanisation symbolique de l’africain et du nègre en général.
Soulignant l’importance que revêt cet évènement dans le cadre du travail de mémoire devant être réalisé tout à la fois dans une optique d’auto-rééducation et d’éducation des génération futures, les invités ont rappelé l’importance de cette démarche du point de vue spirituel : cette marche doit être l’occasion de manifester l’honneur et le respect dû à nos ancêtres victimes de cette tragédie qu’à été la traite négrière. Pour Dowoti Désir, cette marche permet à toutes les personnes ayant l’histoire de l’esclavage en héritage de réaliser le travail psychologique par lequel nous pourront ensemble nous engager dans un processus thérapeutique collectif.
Malaak Shabazz a quant à elle rappelé l’importance que son père et sa mère accordaient à l’éducation dans l’émancipation d’un peuple opprimé. Aussi, bien que pour certains, cette démarche puisse paraitre subversive, excessive, Peter Lema comptant parmi les organisateurs de la marche des esclaves au sein du Collectif du 10 Mai a rappelé que cette manifestation s’inscrivait dans un travail de rééducation et d’éducation collective plus grand qui, dans la mesure où il n’est pas assumé par les autorités de la Ville de Nantes, doit être pris en charge par les citoyens ressentant une rupture avec les institutions politiques de la Ville, du pays.
Sur ce Dowoti Désir a souligné le fait que cette attitude de la part des autorités politiques Nantes pouvait sembler anecdotique mais qu’elle était en réalité symptomatique d’une attitude plus généralisée qu’elle a définie comme relevant du racisme structurel. “Comment se fait-il que les fonds nécessaires pour organiser les commémorations manquent cette année tant au nations unis que dans les villes telles que Nantes ?” s’est-elle interrogée.
Malaak Shabazz a clôturé son propos en disant que selon elle, chaque citoyen se sentant le droit et le devoir de commémorer devrait se sentir autorisé à la faire sans attendre l’aval de qui que ce soit.
La conférence de presse de nos invités a été le point de départ d’un haletant voyage qui allait conduire les droits de l’homme “noir” du Congrès de Nantes le 07 mai 2011 au Colloque de Paris organisé par l’Unesco le 10 mai 2011 et dont les recommandations feront à n’en point douter date dans l’histoire de la lutte pour l’émancipation des afro-descendants.
Aminata TRAORE,ancienne ministre de la Culture du MALI anime le mouvement social au Mali et en Afrique. Auteur de plusieurs livres sur les relations entre l’Afrique et les pays occidentaux, elle est responsable en particulier du Forum Mondial de Bamako. Elle intervient dans de nombreuses conférences en Afrique, en Europe et en Amérique du Nord.
Elle met ici l’accent sur la dimension culturelle dans l’émergence de l’Afrique et donne son point de vue sur la crise ivoirienne. Voici, quelques extraits de la conférence qu’elle a donné le 13 avril 2011.
“Une mondialisation qui après la chute du mur de Berlin a été présentée comme un monde ouvert à tous, libres: Force est de constater que tel n’est pas le cas.
Je n’ai pas besoin de vous expliquer que la question migratoire est l’une des expressions les plus parlante du fait que nous ne sommes pas du même monde et que lorsque l’on parle de développement ici et là bas, le contenu n’est pas le même. Lorsque l’on parle de démocratie ici et là bas, il ne s’agit pas de la même chose et que c’est pour cette raison que nous sommes confrontés à des réalités qui, de mon point de vue, ne m’autorisent pas et, en tout cas, m’obligent à questionner cette émergence: laquelle, dans quelle direction, sur quelles base ?
La notion a surgit et envahit le champ sémantique des politiques et des spécialistes du développement ces dernières années à la faveur de la Chine bien entendu, la Chine et les BRIC d’une manière générale. Il est apparu ou -en tout cas- on entretient l’illusion selon laquelle l’occident n’a pas le monopôle de la croissance et que d’autres pays peuvent se tirer d’affaire et relever le défi du rattrapage. Parce que nous sommes dans ce défi que nous nous lançons à nous même depuis toujours puisque nous avons intériorisé l’idée selon laquelle nous sommes des peuples arriérés et que si nous sommes dominés c’est nécessairement parce que les dominants ont des institutions, des valeurs et des normes supérieures, donc nous nous devons de rattraper l’occident.”
“La pauvreté est réelle et cette pauvreté touche les noirs … surtout … Nous avons été dans le cadre du forum social mondial à Bombay, on a vu la Chine… Alors quand on pénètre ce qui se passe à l’intérieur de ces pays dits émergeants on compte toujours sur ce qu’on appelle la classe moyenne, les nouveaux riches. On les appelle les black diamonds en Afrique, c’est-à-dire ces quelques uns qui s’en sortent, qui ont leur Black bury, qui ont leur villa située quelque part sur les hauteurs ou au bord de la mer qui ont toute sortes de cartes de crédit, qui viennent en vacances ici. Çà c’est l’Afrique idéalisée dans le cadre de l’émergence et c’est cette Afrique que l’on veut. Alors qu’en est-il de l’immense majorité des africains qui ne mange peut être qu’une seule fois par jour, qui se font chasser de tous les côté ? C’est cette Afrique justement qui exprime son ras-le-bol… qui bouge… qui n’en peut plus… Premièrement, qui dit démocratie dit d’abord peuple souverain. Si le peuple est souverain cela veut dire qu’il sait ce dont il souffre, pourquoi il doit voter, dans quel sens voter. Nous avons un électorat illettré et quatre-vingt dix pourcent des africains qui sont poussés à aller voter aujourd’hui ne savent strictement rien de l’histoire économique, c’est-à-dire des rapports nord sud qui gouvernent les mutations qui sont en cours. Personne ne se donne la peine de les éduquer de telles sorte que lorsqu’ils vont glisser le bulletin dans l’urne au profit d’un tel, ils puissent exiger de ce « tel » qu’il n’aille pas signer tel ou tel type d’accords commerciaux et ainsi de suite. Donc les peuples que l’on prétend défendre aujourd’hui à l’Elysée sont d’abord des peuples désinformés. Du fait de cette désinformation bien entendu, quand ils ne savent pas, ils s’accrochent à quoi ? Ils s’accrochent à ce qu’ils savent : l’identité des acteurs politiques. L’identité, l’ethnie, la religion puisque je ne peux pas m’engager ni construire sur des bases autres, je vais faire confiance à celui qui porte le même patronyme que moi, puisque nous nous ressemblons… il fera certainement en sorte que notre tour arrive. Voici ce dans quoi nous nous sommes trouvés en Côte d’Ivoire.”
“Comment Barack Obama peut se mettre avec Sarkozy pour combattre en Afrique ce qu’ils appellent dictateurs ? C’est une réalité sauf que Laurent ne l’est pas.”
“Ce n’est un secret pour personne, ils l’ont dit, il n’était pas l’homme du système.”
“Mais ce qui s’est passé depuis lors, et je passe rapidement sur les détails -la rébellion, l’incapacité pour les nations unis et la France de réconcilier ce pays, de désarmer les rebelles et d’exiger l’organisation d’élections dans un pays divisé et de s’étonner que les résultats soient contestés et d’exiger que celui qui d’après eux à gagner à gagner, pas de recomptage et pas de réélection il faut que le perdant dégage- je ne vais pas m’attarder sur le contentieux électoral parce que c’est cela qui a été fait, c’est cela qui a été servi à tout le monde pour nous faire oublier les enjeux, les grands enjeux qui sont géoéconomiques, géostratégiques, parce que le Golf de Guinée où la Côte d’Ivoire se situe fait partie du sauvetage du système aujourd’hui qui a du plomb dans l’aile.
Obama sait, la France sait … l’hégémonie de ces puissances occidentales en perte de vitesse devant la Chine qui avance à pas de géants, ils ont besoin de points d’ancrages. Il ne s’agit ni de Laurent, ni de Paix, ni de Alassane, ni des peuples d’Afrique. Il s’agit de savoir comment sauvegarder les intérêts dominants dans une période où ce n’est plus la guerre froide mais c’ dans une période où ce n’est plus la guerre froide mais c’est tout comme puisque l’Asie et l’Occident vont s’affronter. Ce siècle va être l’affrontement, la guerre froide on en est sorti, mais l’affrontement se situe essentiellement entre la Chine et l’occident et çà va passer par l’Afrique. Et quand çà passera par l’Afrique il faut avoir en poste des amis sûrs.”
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Ce blog a vocation à vous donner la possibilité d’explorer pleinement les aspects les plus profonds de notre initiative et aussi d’en être une source de changement et d’amélioration.