Ce matin gris d’été est le cinquantième anniversaire de l’accession à l’indépendance du Gabon et de la majeure partie des colonies françaises d’Afrique.
Au 70 rue Coulmiers de Nantes on peut voir s’affairer des jeunes au teint foncé. Cette image n’est pas sans évoquer les travailleurs forcés arrachés à leur patrie pour les besoins du commerce négrier. Cette image qui hante encore la mémoire de cette ville d’histoire, est cependant nuancée par un fait crucial. Ces jeunes africains francophones, célèbrent l’accession de leur pays à l’indépendance.
Etrange ironie du sort qui veut qu’après un demi-siècle d’indépendance, les enfants des esclaves libérés reviennent marcher sur les traces de leurs aïeux mais cette fois-ci de manière volontaire.
Libreville, ville d’esclaves libérés partage avec Nantes l’histoire de l’esclavage. Le but de cette rencontre des âmes est de permettre un échange positif par le dialogue des cultures entre les descendants des protagonistes de cette sombre page de l’histoire de l’humanité.
Quoi qu’il en soit l’endroit se rempli graduellement de mains industrieuses, les masques volent dans l’air environnant, des pagnes tissés couvrent les tables, un crocodile empaillé reste posé à même le sol comme s’il allait se mettre à courir d’un bout à l’autre du grand hall s’apprêtant à accueillir la manifestation. Des ustensiles de cuisines disposés sur des tissages de raffias complètent la décoration. Il est déjà onze trente et de manifestation nous ne percevons qu’une sourde agitation.
Midi et demie, une fille grande au teint jaunie par la fatigue de la nuit précédente fait son entrée dans les lieux qu’elle semble reconnaitre. Elle est suivie par une série d’autres jeunes qui s’attèle à finaliser la décoration de la salle. Ils semblent être en retard mais vaille que vaille, tous y mettent du cœur à l’ouvrage. On est loin de l’atmosphère des musées, ou des galeries d’exposition des quartiers cossues des grandes villes européennes, cette atmosphère nous plonge plutôt dans un univers de magie, de traditions et de contes. Une atmosphère des peuples du Gabon.
Il est quatorze heures lorsque la journaliste arrive sur le site. La salle n’est toujours pas prête. Elle repassera. Une heure passe. Le hall d’exposition est fin prêt. Trente minutes plus tard, « Vient découvrir Africa » une chanson de Aziz’Inanga se glisse subtilement dans l’atmosphère finissant de lui conférer son caractère magique et sacré. Le Bandja semble être fin prêt à accueillir les visiteurs de l’exposition dont Diane Massounga Briand et Guy Bouba Biaba auront été les architectes.
C’est aux environ de seize heures que la salle se remplie.
Outre les masques et les toiles, bien des visiteurs sont attirés par le stand de Gabao Style tenu par Gabriel Alihanga. Dix sept heures voit apparaître les danseurs de la troupe Minanga Na Zambé. Ces bwitistes de France initiés aux codes et rites des peuples du Gabon, incarnent le dialogue des cultures auquel le Bandja a la prétention de contribuer.
Cette grande exposition de la culture des peuples du Gabon semble vouloir faire courir nos imaginaires de la période précoloniale à l’ère postcoloniale. Elle nous fait voyager à travers les sculptures en pierre de Mbigou, les marmites en fonte récurées et les pièces fossiles conservées. Cette exposition donnant pratiquement la chair de poule rappelle que pour notre peuple, l’art reste sacré, l’âme des objets rituels conservés continue de les habiter et ce faisant, nous investi d’une mission : celle de conserver notre culture. C’est de cette mission et du rôle de la jeunesse qu’il est question tout au long de l’échange entre Gloria Mika et l’assistance. Dix neuf heure est le moment de l’entrée en scène du groupe Movaiz Haleine, toujours à l’avant-garde du combat culturel gabonais.