Pour sa part, le Bandja se donne sur ce point une ambition pratique et réaliste : contribuer à repérer (là où elles existent), à élaborer, à expérimenter et à faire partager des conceptions, des techniques et des pratiques exemplaires en matière d’inter culturalité et d’utilisation du numérique par les sciences humaines et sociales sans perdre de vue ses trois pôles de définition : la culture, le patrimoine, la création.
S’il n’est ni la motivation ni la cause, mais seulement un facteur important des bouleversements, des rééquilibrages et des reconstructions en cours, l’outil informatique donne à ce travail un rendement sans précédent. De sa maîtrise et de l’invention des formes dans lesquelles, demain, les savoirs se conserveront, se transmettront et se développeront, dépend en grande partie la capacité d’une société à continuer et à recréer indéfiniment son identité collective. Loin de s’opposer aux autres cadres et supports, tels que le musée et le livre, le numérique requiert d’être pensé et façonné en relation avec eux, dans sa spécificité nouvelle, et eux-mêmes requièrent, en retour, d’être repensés et refaçonnés par rapport à son installation progressive au cœur des dispositifs culturels.
En outre, sa vocation de pôle de recherche en sciences sociales en matière d’inter culturalité et d’oralité lui donne vocation à s’orienter vers l’édition et la production. Il faut souligner à quel point, du fait du fonctionnement complexe et à bien des égards langagier qui caractérise le « langage » informatique, le rapport cognitif des sciences humaines et sociales à la lecture et à l’écriture, au sens large de ces mots, les met en situation d’investir le numérique, comme naguère les humanités ont été le moteur du développement de l’imprimé.
En dépit des spéculations qu’on entend fréquemment, les parties prenantes au Bandja, Centre Culturel Africain de Nantes n’envisagent pas la relation de la galaxie Bill Gates et de la galaxie Gutenberg en termes d’antagonisme, comme si la première était appelée à absorber-supplanter entièrement la seconde ou comme si la seconde avait à se défendre contre la première et à lui imposer sa loi. Au-delà d’un horizon de quelque années, personne ne peut raisonnablement prévoir ce qu’il en sera des usages du numérique et de l’imprimé, des supports numériques eux-mêmes, quelles seront les règles juridiques, dans quelle mesure le principe éthique de l’accès ouvert l’emportera sur la dynamique de marché de l’e-économie.